Plusieurs années auparavant, l’ami Patrick Ferrencq nous avait sensibilisé aux théories d’Edgar Morin. Au bon temps du « groupe Ouvrons le Débat », dans les années 90, il avait invité au moins deux fois le philosophe à venir animer des rencontres à Châteauroux . La première fois, si mes souvenirs sont bons, c'était dans l’ex Centre Universitaire ( salle Racine !) et la deuxième à l’IUT. Nous avions été ensuite casser la croute à quelques uns à l’Escale… Si on nous avait dit alors que ce serait un jour Sarko qui parlerait de « politique de civilisation » …

En fait de « civilisation » la seule qui fasse vraiment référence pour le chamion de la manipulation, c’est celle des faux-semblant, celle où l’on fait un maximum de fric en vendant aux consommateurs des mythes et des chateaux en carton pâte : sa culture, sa "civilsation" c’est celle de Disneyland.

Dans le Disneyland politique qu’il tente d’installer au niveau national, les concepts comme celui de « politique de civilisation » ont le même rapport à la réalité que les fausses montagnes, les fausses rivières ou les faux chateaux dans les parcs Disney : il ne s’agit dans les deux cas que d’utiliser des images pour tenter de faire réver quelques heures les foules.

Le fils de pub qui nous gouverne est prêt à utiliser n’importe quelle valeur, concept ou symbole en fonction de son besoin de com. du moment. Un autre philosophe (Althusser) avait dit qu’on ne pouvait pas rejeter un concept comme un chien, Sarko lui se sert des concepts comme des kleenex.

L’exemple qui me paraît le plus grosier dans ses méthodes c’est la juxtaposition dans la même conférence de presse de l’utilisation du concept d’Edgar Morin avec l’annonce de la fin des 35 heures ! En 2002, le philosophe défendait lui … « les 30 heures » comme une des dimensions majeures d’une politique de civilisation capable de lutter non seulement contre le chômage mais aussi de permettre à tous de concilier « activités civiques, activités culturelles et vie personnelle ». J’ai retrouvé page 143 de l’édition originale le pasage suivant : « les nouvelles technologies créent moins d’emplois qu’elles n’en détruisent, la révolution technologique en cours doit inciter à la réduction continue du travail au profit d’acti-vités civiques, d’activités culturelles, de la vie personnelle. L’abaissement de la durée de travail à 30 heures permettrait de reconstituer une vie familiale et une vie privée. La diminu-tion du travail mécanisé, parcellaire. chronométrisé au profit d’activités responsables et ingénieuses apparaîtra de plus en plus nécessaire au cours du développement d’une politique de civilisation ».

Plus c’est gros et plus cela passe ? Peut-être qu’à court terme cela marche en effet. Mais on commence aussi à constater que cette « civilisation » de l’éphémère, du superficiel et du clinquant cela ne résiste pas très longtemps devant la réalité sociale.

Alors si ce billet a un sens, c’est pour dire, qu’il ne faut surtout pas rejeter l’Edgar avec le bain sale du nabot. Je proposerai volontiers par exemple que la liste « Alternatives pour Châteauroux » mette en exergue la citation suivante tirée de « la politique de civilisation »* : « De fait, une nouvelle résistance civile est née depuis la convergence de trois prises de conscience: celle de la dégra-dation écologique, celle de la crise de l’emploi et celle du dépérissement des campagnes. Spontanément, des micro-tissus sociologiques se forment dans leur lutte contre le chô-mage, la désertification des villages. l’anonymisation de la vie. Ils oeuvrent pour la qualité de la vie et la régénération de notre civilisation. »

En tout cas ce qui est sûr aujourd’hui c’est que si « politique de civilisation" il y a, c’est Bové et ses compagnons qui la mènent en imposant le recul du gouvernement sur les OGM.


  • : C'est d'ailleurs lors de la dernière réunion de cette liste, lundi dernier, que Patrice C. a évoqué la nécessaire lutte "contre la Disneylisation des esprits".