"Comment les riches détruisent la planète"
Par l'Epine Verte, le vendredi 27 avril 2007, 17:08 - Penser globalement - Lien permanent
C'est le titre du dernier livre d'Hervé Kempf, journaliste spécialiste des questions d'environnement au Monde. A l'invitation de Vigilance OGM 36, il a animé une soirée passionnante avant hier soir au Poinçonnet.

La thèse d'Hervé Kempf me parait permettre de renouveler quelque peu le débat stratégique au sein de l'écologie politique. Traditionnellement certains écologistes invoquent la gravité des crises écologiques pour dire que les écologistes devraient concentrer tous leurs efforts et leur discours sur ces seules questions. D'autres au contraire affirment que pour avoir une chance d'être entendus les écologistes doivent montrer qu'ils ont un projet global et donc parler autant des crises sociales et des questions de démocratie que de l'environnement.
Le journaliste du Monde part lui très clairement du constat de l'extrême gravité des crises écologiques. Il sait de quoi il parle : son métier lui a permis d'interroger les plus grands experts en la matière. Il a été aussi le pemier à organiser en France un débat important (dans "Sciences et vie" en 1992) sur la question du déréglement climatique, il a publié un livre sur les OGM ( "La guerre secrète des OGM" : Edition mise à jour -Poche - avril 2007) , il évoque la possibilité d'une sixième extinction des espèces ( la 5° est celle qui a vu l'extinction des dinosaures), ... Pas de doute à l'entendre l'urgence écologique est le problème majeur de notre époque.
Mais il se demande alors comment expliquer que les dirigeants des principaux pays du monde ne fassent rien ou si peu pour arrêter cette course vers les catastrophes. Ils disposent pourtant de toutes les informations nécessaires : alors ?
Hervé Kempf répond que la défense des intérêts immédiats des puissants de ce monde ( il parle d'oligarchie fiancière) s'oppose à tout changement de cap, à tout changement un tant soit peu sérieux de mode de développement. C'est en effet le même type de développement ( ultra-libéral) qui aggrave les inégalités économiques depuis les années 80 et fait obstacle à l'émergence d'un mode de développement plus sobre (Kempf parle de décroissance nécessaire des consommations d'énergie et de matières premières).
On aurait aimé qu'il donne un peu plus d'exemples concrets : OGM, pesticides, nucléaire... Il a sans doute considéré que le rôle des multinationales dans le développement de ces poisons était suffisemment connu pour ne pas y insister. Il a préféré évoquer un autre point moins souvent abordé. Le point de vue anti-libéral suscite en effet souvent la réaction d'autres écologistes qui mettent eux en avant que "tout le monde pollue" et qu'il faut donc que chacun prenne conscience de la nécessité de changer de comportement sans "chercher de bouc- émissaire"... Il y a là aussi une grande part de vérité mais cela ne prend pas en compte l'état réel des rapports de force dans la société et l'hégémonie culturelle de l'oligarchie : Hervé Kempf, au contraire, s'appuyant sur les idées de l'économiste Veblen, rappelle que le mode de consommation des "classes moyennes" résulte en grande partie de l'imitation des plus riches. Dans ces conditions, tant que l'oligarchie financière pourra gaspiller dans des consommations ostentatoires des milliers de smic par mois, il risque d'être difficile, en faisant seulement appel à la conscience de chacun, d'obtenir un changement massif vers la sobriété... On pourrait ajouter qu'il sera aussi fort difficile de demander aux classes populaires de faire les indispensables efforts nécessaires si on ne demande pas plus à ceux qui ont énormément plus... Donc pas de réponse sérieuse, de masse à l'urgence écologique sans remise en cause des inégalités sociales.
Reste à savoir ce qui découle de cette analyse en terme de stratégie politique. Mais là Hervé Kempf ne prétend pas apporter de réponse toute faite : il n'est que journaliste spécialiste de l'environnement et n'appartient à aucune organisation politique. Même s'il laisse percer son intérêt autour de ce qui pourrait être une recomposition des mouvements altermondialistes et écologistes, il laisse à chacun, et en particulier aux jeunes, le soin d'élaborer les réponses aux questions qu'il a soulevé.
Au total, une soirée d'autant plus intéressante pour les 80 personnes présentes qu'Hervé Kempf a un réel talent pour la démocratie participative : le jeu des questions réponses a été nourri et a permis un vrai débat.
Commentaires
Jean,
Tu as parfaitement résumé le contenu, le discours, la problématique de cette conférence. Puissent-, nos dirigeants l'entendre , et qu'enfin on aborde la politique dans sa globalité et non plus en saucissonnant les problèmes. Le livre de Hervé Kempf se dévore... A lire aussi,le papier d'Edgar Morin dans Le Monde du 25 Avril.: "si j'avais été candidat..." ... Et que la société civile , citée d'ailleurs un peu tardivement par Corinne Lepage au soir du 2ème tour, continue son travail d'empêcheur de "politiquer" en rond... Mais plus que jamais elle va avoir besoin de soutien...