Jeudi dernier d'abord, projection du film d'Al Gore : salle comble. Si on arrive à dépasser l'insupportable auto-promotion de l'ex-vice-président, le reste du scénario est plutôt efficace pour démontrer le caractère potentiellement catastrophique du réchauffement climatique à l'échelle planétaire. Par contre sur la politique de réponse à ce défi, même si on se faisait guère d'illusions au préalable, on reste largement sur sa faim...

Vendredi, par contre la salle était moins remplie... alors même que la question du « comment faire pour résister ? » est le fil conducteur de ce film sur les Lip ( http://liplefilm.com/ ), lui donnant toute son actualité plus de 30 ans après ce conflit .... On y voit bien que la capacité d'« imagination » des Lip, a été permise par les rapports intelligents noués entre d'un côté, une section syndicale CFDT contruite au cours des deux décennies précédentes et dont les animateurs -et en particulier Charles Piaget- sont aussi membres du PSU, et de l'autre un Comité d'Action, créé spontanément lors de l'annonce des licenciements et composé d'ouvriers révoltés - en particulier des jeunes. Au lieu de l'affrontement stérile habituel entre l'expérience, laborieusement acquise, des militants syndicaux-politiques et le spontanéisme brouillon mais plein d'invention du groupe de « rebelles », il va y avoir entre eux dialogue, échanges et construction de compromis dynamiques. Comme le dit un des principaux acteurs du conflit, « les vieux sages vont être assez  fous  pour écouter les rebelles et les jeunes fous assez sages pour tenir compte de l'avis des premiers ». Cette ouverture à l'intérieur de l'entreprise entre les différentes forces en lutte va être étendue à l'extérieur sans peur des « récupérations » - y compris gauchistes : Piaget énervé devant les craintes exprimées par la section CGT minoritaire, menace même un moment de « faire souder les portes ouvertes » pour garantir cette possibilité d'échanges. C'est ainsi que Lip a pu faire rêver d'autogestion une bonne partie de la France et bénéficier en retour d'un formidable soutien.

C'est cette ouverture et ce dialogue permanent, qui donneront à la lutte des Lip sa formidable dynamique. La qualité de leurs rapports humains au service de l'intérêt collectif est traduite avec force dans les récits filmés et l'émotion que cela suscite n'entraîne aucune nostalgie, seulement un rappel : seule la plus grande ouverture, au plus près du terrain, de la part des organisations fussent-elles les plus légitimes, peut créer une dynamique et un rapport de forces susceptibles de bousculer les puissances de l'argent et leurs alliés politiques.

C'était vrai hier, à la fin des 30 glorieuses, c'est encore plus vrai aujourd'hui face au capitalisme mondialisé. Le film d'Al Gore lui-même, explique bien comment le déni de la réalité du réchauffement par l'adminitration Bush et le refus de Kyoto ( pourtant si insuffisant) ont été directement inspirés par les trusts pétroliers et leurs relais politiques, allant jusqu'à falsifier des rapports des scientifiques. Nous le savions pour les OGM , les pesticides, le Gaucho et le Régent et tant d'autres sujets. Et nous savons bien aussi que sur tous ces sujets et bien d'autres il ne suffira pas de politiques éclairés, fussent-ils vice-président des USA, ou vice-premier ministre ..., si il n'y a pas des mouvements sociaux autonomes suffisamment puissants pour obliger au changement.

Pas de changement social, pas de capacité de s'opposer aux forces combinées du capital, de la bureaucratie et de la routine, sans appel à l'intelligence collective des « résistants » par delà leur diversité, sans dépassement des petites chapelles, sans capacité d'ouverture, d'échange, de dialogue.