Lettre à la Nouvelle République, le 15/6/ 2005

Vous avez rappelé, dans votre édition d’hier, l’appel lancé par Jean TOULAT, le 15 juin 1940 à Châteauroux. En pleine débâcle, celui qui n’était alors que simple sergent lançait le premier appel à la Résistance contre « le colosse nazi aux pieds d’argile » qui allait occuper notre pays pendant quatre longues anées. Il me semblerait utile de compléter cette vérité historique en faisant savoir à vos lecteurs que ce refus du renoncement et de la capitulation que manifesta le sergent TOULAT en 1940, se retrouva quelques années plus tard dans ses engagements pacifistes et non-violents. Par exemple, au début des années 70, il participe à la campagne de protestations contre les essais nucléaires de la France dans le Pacifique. A la même époque, il soutient aussi les paysans du Larzac dans leur combat contre l’extension du camp militaire. En 1989, encore, à l’occasion du bi-centenaire de la révolution, il s’engage dans l’initiative visant à changer certaines des paroles de notre hymne national pour « changer en message d’amour les paroles de haine » héritées d’une autre époque. Une association, présidée par l’abbé Pierre, ayant été créée pour promouvoir « une Marseillaise de la Fraternité », je lui adressais alors un message de soutien. Je reçus en retour une lettre signée de … Jean TOULAT, vice-président de cette association : me remerciant pour mon soutien à l’action concernant La Marseillaise, et ayant noté que j’étais « de Châteauroux », il me fit la surprise de joindre à son courrier le texte de l’appel qu’il y avait lancé en 1940. Si je rapporte cet épisode personnel, c’est parce que ce lien qu’il établit alors entre son appel à la Résistance du 16 juin 40 et son initiative de 1989 contre les haines nationalistes et pour la Fraternité est resté pour moi hautement symbolique de la capacité d’engagement d’un homme par delà la diversité des conjonctures historiques : aujourd’hui les combats à mener ne sont plus ceux de 1940 mais nous avons toujours besoin d’engagements forts contre toutes les oppressions et pour la fraternité. De ce point de vue aussi l’exemple de Jean TOULAT mérite d’être connu.

Jean DELAVERGNE, Châteauroux